J'ai demandé à tout un chacun, toute la journée, quel était son pronostic pour demain. Il est vrai que c'était à Paris, et surtout dans le 7ème arrondissement dans les milieux populaires, les gens qu'on rencontre dans les cafés.
Ils vivent dans le pronostic, quelquefois pour les courses de chevaux, plus souvent pour les matchs de football et de rugby, car le pronostic fait partie de leur vie.
Mais quand je leur ai demandé leur pronostic pour demain, ils étaient interloqués. Ils ne voyaient pas de quoi il s'agissait. J'insistais. Ils cherchaient et ne trouvaient pas. Au bout de quelques minutes, les gens s'assemblaient, cherchaient le sens de ma question. Je donnais un indice: "Condamné ou disculpé ?"
Alors, et alors seulement, timidement, dans le groupe  où chacun se grattait l'occiput, quelqu'un hasardait: Villepin ?
Alors, je réitérais ma question: "Condamné ou disculpé ?"
La réponse que j'obtenais était généralement qu'ils s'en foutaient et n'en savaient rien. J'insistais et appuyais encore, disant que je me moquais des matchs de sport, du football et du rugby, et leur demandais seulement un pronostic, pas une prise de position, seulement un pronostic. La réponse que j'ai obtenue alors, était, à une exception près: "Condamné".

Des moutons.

Je leur disais alors que deux livres étaient entrés en librairie aujourd'hui, que Dominique de Villepin serait demain sur France 2, que les journaux en parleraient pendant plusieurs jours.

Ils attendaient.