Expulsion d'Héliodore

Le jugement dernier

 

Ce sont deux fresques gigantesques. Elles sont toutes les deux au Vatican et ont été peintes presque en même temps. Chacune a un sujet religieux et a été peinte par un artiste de toute première catégorie. Mais Michel Ange place les objets dans le vide tandis que Raphaël place les objets dans l’espace.

Ce n’est pas pareil.

Si un objet est placé dans le vide, il n’a aucun contact avec son entourage. Sa bordure devient une frontière que rien ne franchit. Elle peut se durcir pour mieux isoler et l’objet parfaitement isolé par une croûte devient sculpture.

Dans l’espace, au contraire, on sait à chaque instant ce qui est devant et derrière. L’espace crèe un lien entre les objets, et plus on connait avec précision la position d’un objet par rapport à un autre plus ils font partie du même espace.

On a exploité cette idée et distingué 1° le ciel où l’on plaçait Dieu et ses satellites, 2° un espace civilisé, labouré de la main de l’homme, avec des maisons, des rues, des villages, et 3°, à part, un espace sauvage avec des montagnes ressemblant à des pains de sucre, et des bêtes sauvages. Les communications entre ces espaces étaient exceptionnelles et toujours significatives : les ermites isolés dans les montagnes parmi les bêtes sauvages, faisaient à peu près le pont entre le monde divin et le monde humain, pour autant que ce soit possible. Des anges, et notammment des anges annonciateurs faisaient le pont entre le monde divin et le monde humain civilisé. On a même dit que l’Annonciation se lisait comme un livre qui s’ouvre de la page de gauche où l’on voit l’ange apporter le message à la page de droite où le message arrivé produit la vie chétienne.

Reste alors la question des communications. Dans le monde civilisé, on en a une connaissance approximative mais directe, vécue et expérimentale. Mais les communications à l’intérieur du monde sauvage sont généralement supposées inexistantes ou nulles, et les communications entre le monde humain et le monde divin font l’objet des explications les plus abracadabrantes avec la connaissance mystique, les colères célestes assorties de vengeances, et les symboles assortis de lectures du premier, deuxième, troisième degré, etc...

Je m’en moque un peu, mais ne suis pas étonné que les sculpteurs en rompant le lien avec l’espace en arrivent à se faire souffrir dans des contorsions atroces tandis que les peintres arrivent à mettre des sourires sur les madones qu’ils font entrer dans des paysages verdoyants et fleuris. Ce n’est qu’une tendance parmi d’autres, et il ne faut pas oublier les bas reliefs et que sont surtout les sculpteurs comme Donatello qui ont été copiés par les peintres et fait démarrer la Renaissance en Italie.